Je suis dans la merde !

par Patrice Beaudoin

Texte écrit par Carl Gagnon-Bisaillon à titre personnel ! 

Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes au 78ème jour de ma nouvelle vie. Déjà, en presque 3 mois, je peux sentir et goûter la vie différemment. Par contre, cette nouvelle vie n’est pas sans douleurs et c’est aussi un thème qui revient souvent dans les partages que j’entends ou dans le discours de plusieurs personnes en rétablissement. Donc, cette question m’est venue en tête :

Pourquoi est-ce que d’essayer d’être une bonne personne sans drogue ou alcool

est si douloureux?

               Depuis ma sortie de thérapie, cette question me trotte dans la tête et je n’avais jamais pris le temps d’y répondre. Pourquoi la douleur, la tristesse et la solitude n’ont jamais été aussi fortes que maintenant ? Je sais que la réponse naturelle est que c’est parce que je fais face à mes actions que j’ai posées quand j’étais défoncé. Mais cette réponse ne m’a pas du tout satisfaite car elle ne pouvait pas être la seule. Donc, j’ai continué à chercher d’autres réponses. C’est dans le livre « The subtle art of not giving a fuck » que j’allais la trouver. En fait, alors que je prenais de la drogue, je cherchais simplement la satisfaction temporaire d’être défoncé. Je courrais autour de mes problèmes sans jamais les affronter. Je regardais par terre pour voir s’il y avait de la merde à venir, afin que je puisse garder mes Nikespropres pour le prochain party. Le problème est que courir après une satisfaction ou une expérience positive, est négatif. En contrepartie, accepter une expérience négative, c’est positif. C’est paradoxal parce que durant ma consommation active, j’étais toujours temporairement heureux, mais malheureux à temps plein. Mais pourquoi ?

L’erreur est que lorsque nous enfouissons nos problèmes, nous ne grandissons tout simplement pas. C’est pourquoi, à 27 ans, j’ai l’impression d’avoir encore 20 ans. C’est seulement parce que je ne me suis jamais mis dans des situations où je devais faire face à mes problèmes. Faire face à mes problèmes était trop douloureux, alors j’essayais d’être juste heureux en faisant le party constamment, pour pouvoir ressentir une illusion de bonheur. En fin de compte, ma vie était en chute libre parce que mes problèmes ne disparaissaient jamais comme ils étaient supposés. Au lieu de cela, ils se sont contentés de s’empiler. Donc oui, aujourd’hui, ma nouvelle vie sobre est douloureuse parce que je suis confronté à mes problèmes du temps de ma consommation active. Mais plus que cela, c’est douloureux car j’ai choisi de confronter mes différents maux pour en sortir grandi. Lorsque les gens me disent que leur nouvelle vie sobre est douloureuse et qu’ils s’ennuient, je me dis toujours : C’EST NORMAL ! En gros, nous ne faisons que grandir. Lorsque je suis dans une situation qui me dérange, au lieu de la fuir, je reste assis dans cette merde et j’essaie d’apprendre. La clé d’une vie sobre et réussie n’est pas de faire le tour des merdiers qui nous arrives, mais de choisir la merde dans laquelle nous voulons marcher. Je sais que je suis sur la bonne voie, parce que c’est douloureux. Ce paradoxe peut sembler étrange, mais au fond, je l’accepte, je m’accepte moi-même, j’accepte mon passé et j’accepte les situations négatives (douloureuses) pour pouvoir apprendre et grandir en tant que personne. Quand je me couche le soir, je me rends compte que je suis assez fier de moi, même si ma journée ne concernait que la merde du temps que j’étais défoncé, ou la merde qui s’en vient nécessairement. Ceci est l’un des plus grands cadeaux que la vie sobre m’a offerts ; Je suis prêt à me tromper. Je ne cherche pas à être parfait, mais je me prépare à faire face à la merde dans ma vie.

C’était juste une question de perspective. J’avais besoin de reprogrammer mon subconscient pour être capable de prendre intuitivement la bonne décision quand une situation se présenterait à moi lorsque je m’y attendais le moins. J’avais besoin de douter de toutes mes valeurs et de toutes les choses que je pensais avoir acquises. Parfois, je n’ai pas à changer quoi que ce soit, mais parfois, je dois simplement m’asseoir avec mes valeurs et mes souvenirs douloureux pour pouvoir les comprendre et les laisser partir, ou simplement les reprogrammer. C’est douloureux.Revenir aussi loin que ma mémoire me le permet et réexaminer toutes les situations, tous les sentiments, tous les souvenirs et toutes les valeurs afin de pouvoir me libérer des choses douloureuses, me pardonner des actions honteuses que j’ai pu commettre, et reprogrammer mes valeurs pour être capable de modifier mes comportements.C’est douloureux.Tout au long de ma vie, je me suis efforcé de me perfectionner et de développer des certitudes qui étaient, en fait, en train de me détruire. J’essayais d’écrire une belle histoire avec mes tristesses et mes mauvais souvenirs.

Par exemple, ma mère n’était pas le genre de mère aimante, de manière conventionnelle. Elle ne me caressait pas vraiment, ne m’embrassait pas ou simplement me disait pas « Je t’aime ». Toute ma vie, je n’ai jamais compris pourquoi je ne respectais autant pas ma mère et jugeais toute sa vie et ses décisions. J’essayais toujours de lui montrer à quel point j’étais heureux, à quel point j’étais un gagnant et à quel point son fils était parfait. Je me blessais beaucoup plus que je rendais ma mère fière, parce que j’étais dans la performance. Je courais après les situations heureuses avec la certitude que je ne devais jamais montrer à ma mère que j’étais malheureux, vide et dépendant. Pour moi, ma mère m’aimait parce que je lui faisais miroiter le bonheur d’une perfection d’un enfant dont la mère en avait réussi l’éducation. Quand je me suis assis et que je me suis mis à regarder cette souffrance qui m’habitait, j’ai réalisé que mon grand-père ne s’occupait jamais de ma mère ni lui faire savoir qu’il l’aimait. Alors comment ma mère pourrait-elle me montrer de l’amour? Elle m’a montré de l’amour en me poussant toujours et m’a fait réaliser à quel point je pouvais réussir avec mon potentiel infini. C’était sa façon de me dire « je t’aime ». C’est douloureux. D’avoir perdu toutes ces années en me demandant pourquoi ma mère ne m’aimait pas sans jamais regarder où était le problème et essayer de le comprendre. Lorsque finalement j’ai compris qu’elle m’aimait, mais que je ne regardais simplement pas de la bonne perspective, je me suis senti tellement soulagé et tout faisait plus de sens. Je me suis senti satisfait et fier de moi et de ma mère. Je marchais juste autour de ma merde sans y entrer, et j’ai beaucoup souffert pour ça. Mais quand j’ai décidé de faire face à ce problème, devinez quoi, c’est douloureux!

C’est pourquoi ma nouvelle vie est si douloureuse, parce que je grandis. J’apprends des choses et je doute de tout mon passé. C’est douloureux mais dieu ça fait du bien. Donc, oui, une partie de mes douleurs en ce moment est due au fait que je suis confronté à mes actions du temps que j’étais défoncé, mais c’est beaucoup plus parce que j’ai décidé de douter de mes certitudes et de retourné m’asseoir dans mes souvenirs et d’avoir une discussion avec mes souffrances que je traînais. Je ne cours plus après les situations positives, mais j’accepte les situations négatives afin de pouvoir les regarder sous un autre angle. C’est ça que mes 71 jours de sobriété mon appris. Je dois remarcher dans ce chemin douloureux, affronter les actions que j’ai pu poser quand j’étais défoncer et aller revoir toute ma vie pour régler les dossiers qui trainait un peu partout dans ma vie. Cette randonné dans mon passé va me permettre, un jour, d’avoir accès au bonheur permanent.  Ma nouvelle vie est douloureuse parce que je suis assis dans ma merde, mais maudit que ça sent bon! 😊

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