Le processus de pardon

par Patrice Beaudoin

Cesser la souffrance…

Cet article présente sommairement un des éléments principaux du programme de rétablissement proposé à la Villa de la paix; le processus de pardon ! C’est une étape essentielle pour expérimenter un rétablissement durable de la maladie de la dépendance sous toutes ses formes. Cependant fait à noter, tous les êtres humains devront éventuellement, au courant de leur vie, s’engager dans un tel cheminement. Nous parlons de cheminement étant donné que celui-ci comporte certaines étapes à franchir.

Dire « je te pardonne » à quelqu’un qui nous a offensé ou blessé est, en quelque sorte, un don de soi. Nous disons ainsi à l’autre que nous brisons le lien du pouvoir découlant de la blessure ressentie. Mais attention ceci n’est pas une formule magique ! Nous ne pouvons effacer la situation ou éliminer la personne qui a causé l’offense, comme si cela n’avait jamais existée. En revanche le processus de pardon permet de changer la perception de l’événement pour retrouver la paix. Et c’est la clé !

La perception de l’offense joue un grand rôle dans le processus de pardon. En effet c’est l’interprétation de la situation blessante qui doit changer. Le piège pour la personne blessée est de rester dans le ressenti, la colère et la rumination. C’est cette réaction défensive qui maintient le pouvoir de l’offenseur sur l’offensé. En d’autres mots, succomber à la haine et au ressentiment face à l’offenseur et de son geste maintient la souffrance et même l’augmente. À l’opposé une personne qui décide d’abandonner son droit au ressentiment et à la haine vit une libération de sa souffrance. Il restera très certainement une cicatrice émotive mais la souffrance, elle, s’estompera.

Le processus de pardon comporte dix (10) étapes

  1. La personne blessée doit prendre la décision de se soustraire à l’offense (souffrance). L’estime de soi en dépend dans la mesure où la personne blessée se considère comme ayant assez de valeur à ses yeux pour se protéger.
  2. On doit accepter la blessure pour ce qu’elle est et reconnaître que tout être humain est parfois vulnérable. Le refoulement et la minimisation de la blessure n’ont pas leur place dans le processus. On doit s’accueillir avec bienveillance.
  3. Parler de la situation à une personne objective pour se sortir de l’isolement. La verbalisation des affects est extrêmement bénéfique pour des personnes qui sont habituées à refouler leur vécu. Cela élimine la rumination et par le fait même évite l’augmentation de la souffrance.

« Je suis quelqu’un d’important à mes yeux et je vaux la peine de soigner mes blessures »[1]

  1. On doit nommer ce que nous avons perdu dans l’offense; l’intégrité. La personne intérieure a été atteinte et on doit nécessairement nommer la perte et mettre le doigt sur le bobo. Une fois identifié, il est plus facile de la saisir et de se remettre en question.
  2. Surtout il importe de ne pas entrer dans un cycle de vengeance. Ceci est néfaste et encore fois augmente la souffrance souvent de manière insidieuse. La manière la plus efficace de se libérer de la souffrance est l’expression de soi dans l’humilité tout en acceptant la réalité.
  3. Le pardon authentique nécessite la reconnaissance du fait que l’offenseur est un individu imparfait et qu’il souffre lui aussi. Il est impératif dans le processus de pardon d’accepter qu’on ne puisse changer l’acte, mais qu’il est par contre possible de diminuer l’impact négatif de l’acte.
  4. Il y a généralement du positif de toute situation. L’acte de l’offenseur peut, après mure réflexion et un certain temps, avoir suscité et voir même influencer quelques changements positifs dans la vie de l’offensée. Soyez attentif ! Par exemple une jeune femme qui perd une amie suite à une surdose de drogue peut décider de devenir intervenante […]
  5. Ensuite, on doit décider encore une fois de la réponse à privilégier face à la blessure, car c’est ce choix qui détermine le cours des choses; soit la vengeance soit le pardon et conséquemment la paix. Ainsi, le « Je te pardonne » peut commencer à avoir un sens à cette étape. Le choix qui est proposé ici est d’être heureux malgré l’offense! On se choisit au lieu de laisser l’autre continuer à nuire.
  6. Le pardon de soi quel défi ! Il est primordial ici d’accepter que chaque personne à sa propre vitesse face au processus de pardon. Il est par contre impératif de cesser l’hostilité envers soi et l’autre le plus tôt possible. En étant réaliste l’être humain est imparfait et limité. Conséquemment il est évident que les relations humaines apporteront leur lot de déceptions et de blessures. Mais en acceptant ce fait totalement la liberté d’être et la paix d’esprit en découleront. Sans cette acceptation dans son for intérieur, le processus de pardon ne peut être entamé, il est en fait impossible !
  7. Une dernière décision doit être prise à savoir qu’adviendra-t-il de cette relation. Il est impossible de revenir en arrière et de faire semblant que tout est redevenu comme avant. On doit prendre en considération les événements et choisir de se réconcilier ou de se cesser le lien. Il n’y a pas de zone grise.

Caroline Morin, Intervenante Villa de la Paix

[1] DR Joëlle Gaillard-Wasser, « Chemin du pardon, voies de guérison », [web] www.Lueur.org

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